Bilan : ARIODANTE au Festival de Salzbourg : sur la scène de l'opéra de George Frideric Handel au Festival de Salzbourg 2017, dans un spettacolo riuscito.
Par William Fratti et Renata Fantoni –
28 août 2017
Maintenir l'attention du public pendant plus de quatre heures avec un genre d'opéra qui, comme on le sait, laisse se produire le peu d'action qui se produit lors des récitatifs, tout en se concentrant uniquement sur la manifestation d'un sentiment - à l'énième infini - pendant la succession infinie d'airs, c'est une affaire vraiment compliquée, mais Christof Loy y parvient très bien, même avec une mise en scène pas du tout prétentieuse créée par le talentueux Johannes Leiacker, avec les beaux costumes d'Ursula Renzenbrink qui unissent intelligemment les époques d'Orlando Furioso et du XVIIIe siècle de Haendel avec nos jours. Tous les solistes sont engagés dans un jeu vraiment ponctuel, tant dans les mouvements et les gestes que dans les regards et les expressions, accompagnés par une longue foule de danseurs très bien entraînés. L'excellente chorégraphie est d'Andreas Heise, l'éclairage de Roland Edrich.
Les choix musicaux de Gianluca Capuano sur le podium des Musiciens du Prince – Monaco étonnent sincèrement, tant il parvient à faire ressortir tous les personnages dramatiques et tragiques de l'histoire, en gardant toujours une douceur homogène dans les pages pathétiques. Le clavecin d'Andrea Marchiol et le violoncelle continu de Patrick Sepec sont excellents.
Le superlatif, dans le rôle de la protagoniste, est Cecilia Bartoli, qui reçoit un succès personnel sincère et mérité. Rien à redire sur le style, le goût et toute l'ampleur du chant d'agilité, puisque comme toujours elle ne manque jamais une note. Mais Bartoli fait aussi preuve d'un phrasé très délicat et d'accents raffinés avec « Scherza infida » où il rend la longue page dans laquelle Ariodante décide de partir très émouvante et touchante.
Ginevra de Kathryn Lewek est très crédible dans les parties pathétiques, où le chant et l'interprétation sont bien exécutés et fondus, alors qu'elle manque d'un peu de drame dans l'accent des passages les plus incisifs, car elle se laisse aller trop loin et les sons sonnent souvent sales. C'est aussi un peu juste dans le registre aigu et cela se voit particulièrement dans le premier acte.
Christophe Dumaux est excellent dans le rôle gluant de Polinesso. Non seulement il sait exprimer un caractère très réussi – arrogant et séduisant, violent et fier – mais il fait également preuve de qualités vocales vraiment surprenantes. Souvent, le chant du contre-ténor est accompagné de sons qui semblent être dans la tête et en fausset, tandis que sa performance semble bien soutenue et projetée.
Sandrine Piau est très bonne dans le rôle de Dalinda, une interprète élégante et raffinée, claire dans ses aigus et bien centrée dans son utilisation des accents.
Le Lurcanio de Rolando Villazón s'est également bien comporté, toujours doux et homogène, occupant ici un rôle assez central où il ne rencontre jamais d'obstacles.
Le King de Nathan Berg n'a été que par moments réussi, un peu en difficulté dans les airs du premier acte, mais sincèrement poignant dans « Invida fate amara ».
Odoardo de Kristofer Lundin est efficace. Le Salzburgher Bachchor dirigé par Alois Glassner s'est bien comporté.
William Fratti et Renata Fantoni
PHOTOS Festival de Salzbourg