WERTHER au Metropolitan Opera de New York. Le chef-d'œuvre de Massenet avec Vittorio Grigolo dans une mise en scène de Richard Eyre.
Examen par Neco Verbis ©dibartolocritic
Irrésistible Werther par Massenet, impossible de ne pas aller au bout du monde pour le voir. L’important est que ce soit un bon Werther. Il existe de nombreux Werthers laids dans les environs, ils ont également été vus dans des théâtres illustres. Il faut savoir mettre en scène et surtout chanter. Celui qui chante Werther tombe mal avec le soussigné : ce n'est pas une grande perte pour beaucoup, mais c'est un pacte conclu directement avec Jules, dans un moment de confiance tout à fait personnel.
Alors tout Opéra métropolitain de New York on est presque en sécurité, à moins de rencontrer un certain Werther qui se prend pour Cavaradossi et qui tamponne ensuite à la française le piano et très piano qui fait frissonner…Mais ce sera la postérité habituelle qui prononcera la lourde sentence. Nous parlons ici du 16 février 2017.
Avec Vittorio Grigolo il y a toujours un risque, je le trouve presque imprévisible. Son masque est étrange, souvent altéré par des postures exaspérées. Une expression pas toujours adaptée au rôle, mais cette fois, comment Werther, il a également travaillé dur vocalement. Même si la prononciation n'était pas parfaite, malgré l'obstination à chanter même le r français que même les chanteurs français ne chantent pas (celui qui l'a, l'a par nature et c'est beau…un peu artificiel’ moins), il faut dire que Grigolo était un bon Werther, sans éclats de poulain fugitif, “Pourquoi me réveiller” bien chanté, une voix de mezzo très douce, avec un joli légat, des aigus assez faciles et pleins.
Tout le monde attend ça, comme Pira dans Il Trovatore. Mais Werther, ce n'est pas seulement ce fameux air (que certains s'obstinent à chanter avec un accent espagnol !), c'est aussi et surtout tout le reste. Et le reste était agréable, les phrases françaises en fausset n'étaient insérées que lorsque cela était nécessaire (en supposant que ce soit le cas).…), j'apporte le tout avec goût et sans trop de gadget. Grigolo a étudié : tant mieux pour Werther.
Moins convaincant, le Charlotte du New-Yorkais Isabelle Léonard, ce qui est cependant très intéressant vocalement. Actuellement aussi Zerlina, également au Met, belle couleur, excellente projection, mais c'était comme si elle était intimidée par le rôle, peut-être dépassée par l'élan énergique de Grigolo. Un peu’ froid, pas très sympathique, il faut le dire. Ce qui est vraiment dommage, car la voix est là, la présence aussi et Leonard peut être une excellente Charlotte dans tous les sens du terme. Peut-être qu'un moment de concentration supplémentaire, distraite par l'émotion d'être convoitée par Vittorio, ne lui ferait pas de mal.
Voix un peu’ poule celui de Sophie par Anna Christy (débuts au Met avec Papagena), mais somme toute acceptable, faisant autorité’Albert par David Bizic, qui a fait ses débuts au Met dans cette partie en 2014 et qui l'a définitivement amélioré. La vision « militaire » d'Albert est peut-être l'idée la plus inspirée de toute la mise en scène, car elle justifie la présence d'armes « à vue » dans la maison, mais verrouillées avec une clé que lui seul possède. Ces fusils qui traînent dans la maison sont toujours un nœud difficile à dénouer pour le réalisateur : une bonne idée, compte tenu de la transposition temporelle à la fin du XIXe siècle.
Tout aussi positifs sont les retours des autres interprètes et des enfants, qui ne sont jamais faciles à gérer.
Mais si le roi de la soirée sur scène était Grigolo, il y avait dans le trou un joueur astucieux et très compétent. Premier violon et directeur : M°. Edouard Gardner, qui tenait dans ses bras l'orchestre débordant du Met, qui, de temps en temps, avait quelques incertitudes dans la section des cuivres. Étrange mais vrai…En revanche, les cordes étaient très respectables.
Il manquait un peu’ de couleur française au management anglais, cependant; il manquait quelques fentes, quelques coups massénétiens aux bons moments. Un peu’ plus de profondeur, plus de fouille dans l'âme auraient également profité à la mise en scène, qui était pourtant très conforme à l'esprit de l'œuvre. Mais je suis un fanatique de Werther et j'ai donc en tête une comparaison pour chacun d'eux (même deux, dont un est assez jeune) et faire des comparaisons rend le critique encore plus désagréable.…La dernière ligne est donc le thermomètre de la performance de Werther tout entier : si vous vous trompez sur ce point, vous avez tout fait de mal. Le voilà, mais le dernier cil était trop court : il aurait pu être plus significatif.
Heureusement, dans l'ensemble, le bien-aimé Werther aux États-Unis est sorti indemne, sans malentendus, dans le cadre bien éprouvé production de Sir Richard Eyre, traditionnel et raffiné mais sans envolées, au sein des plus connus scène somptueux et beau costumes par Rob Howell, qui superposait mille couleurs de printemps, d'hiver et d'automne en mille projections, peut-être trop avec Il concepteur d'éclairage Peter Mumford et concepteur vidéo Wendall K.Harrington; avec cette petite salle de Werther au fond placée au fond de l'immense scène du Met. Une solution audacieuse, mais qui plaît évidemment (moi personnellement, pas), tout comme l'énorme quantité de sang (trop) qui recouvre le pauvre protagoniste suicidaire. Bref, la question du « suicide idéal de Werther » reste toujours ouverte.…
Public convaincu et applaudissements pour tous les protagonistes, pluie de fleurs sur le vaste Grigolo sur l'avant-scène ; ce qui n’est pas nouveau pour le Met, mais c’est quand même un moment de gratification du travail bien fait.
NECO Verbis © dibartolocritic
PHOTOS © Opéra Métropolitain| Marty Sohl